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Adrianna Wallis "Les lettres ordinaires (Les liseurs)"

Exposition du 4 mai au 6 juillet 2019
Vernissage le vendredi 3 mai à 18h30

Catalogue de l'exposition : plus d'information en suivant ce lien

L'Espace arts plastiques Madeleine-Lambert présente "Les lettres ordinaires (les liseurs)", une exposition inédite d'Adrianna Wallis.
Celle-ci, composée de vidéos et d’œuvres sur papier, est conçue autour d'une performance participative qui dure tout le temps de l'exposition et fait appel à des lecteurs volontaires. Ces œuvres sont le fruit d'un travail de recherche mené par l'artiste à partir d'un matériau original : des lettres perdues. Jamais parvenus à leurs destinataires, ces courriers voués à la destruction ont été rassemblés dans un centre postal dans lequel l'artiste a effectué une résidence.

A travers la lecture et le texte, Adrianna Wallis explore ce foisonnement épistolaire insoupçonné, la multiplicité des situations des auteurs des courriers, leurs sentiments et leurs destins anonymes.
Chaque visiteur pouvait devenir lui-même "liseurs", en participant à l'exposition par un temps de lecture publique, sur rdv.

www.adriannawallis.com

Texte de Xavier Jullien, commissaire de l'exposition :

Adrianna Wallis est née en 1981, elle vit et travaille dans le Vercors. Diplômée de l’Ecole des Beaux-arts de Barcelone, elle a notamment exposé à Paris, Barcelone, Madrid, Venise, Bruxelles et dans la Région à la Halle de Pont-en-Royans, au Magasin à Grenoble et à la BF15 à Lyon.

Avec cette exposition personnelle intitulée Les lettres ordinaires (Les liseurs), l'Espace arts plastiques Madeleine-Lambert présente le fruit de deux années de travail mené à partir de lettres manuscrites qui n’ont pu atteindre leur destinataire, ni être retournées à leur expéditeur. À son initiative, l’artiste a effectué une résidence au centre de traitement des courriers et colis perdus de La Poste fin 2016 (au SCC de Libourne) et depuis lors les plis égarés lui sont réexpédiés. Dans le respect du droit et de la confidentialité, des milliers de correspondances vouées à l’oubli rencontrent ainsi l’attention et la considération de l’artiste.

L’exposition donne vie et corps à ces messages fantômes et propose à chacun de se les approprier, de les faire résonner avec son intériorité et d’en devenir un éventuel et aléatoire destinataire. Les lettres ordinaires (Les liseurs) se déploie en effet à partir d'une performance de plus de cent cinquante heures au cours de laquelle les lettres sont lues par des volontaires qui se relaient. Chaque visiteur peut également participer à cette performance s’il le souhaite, en se manifestant à l’accueil de l’exposition pour s’inscrire et devenir liseur.

 

Adrianna Wallis explore ainsi avec nous un foisonnement épistolaire insoupçonné. À travers les lignes cursives élégantes, les ratures à répétitions, les tournures littéraires, les fautes d’orthographe, les post-scriptum ou les formules de politesse, l'intime et l'universel se côtoient. La multiplicité des situations des auteurs des courriers, les sentiments exprimés et leurs destins anonymes convergent parfois avec nos propres pensées dans un mouvement d’empathie et de résonance personnelle. « Ces lettres adressées à des parents, des enfants, des "ex", des idoles, des personnes décédées sont un matériau profondément touchant. Ces lettres que je tiens dans mes mains, c’est la vie elle-même, à l’état brut, immédiate, avec ses tumultes intérieurs, ses fragilités, ses espoirs et ses questionnements. » (Adrianna Wallis)

L’artiste a tricoté avec ses mains et placé près des lecteurs une liseuse en laine à l’aspect doux et noueux. Ce vêtement d’intérieur synonyme de réconfort peut être perçu comme un objet transitionnel : il tient un rôle proche de celui du « doudou » d’un enfant. Toute en tresses fluides, cette liseuse symboliserait aussi la continuité et la complexité des liens et des rapports humains.

 

La salle d’exposition - l’ancienne salle de bal de la Maison du Peuple - a quant à elle été adaptée à cette longue lecture. Un espace semi-circulaire a été aménagé pour les lecteurs et leurs auditeurs : accueillant dans sa rondeur et muni de marches pour s’asseoir, son acoustique favorise l’écoute, les échanges et l’introspection autour des lettres lues.

 

L’espace arts plastiques Madeleine-Lambert présente également un ensemble  d’œuvres récentes réalisées à partir de ce même corpus de lettres. Au mur, des enveloppes encadrées égrènent leurs adresses « thérapeutiques ». Avec ces libellés poétiques et volontairement fantaisistes, les expéditeurs s’assurent que leur courrier n’arrivera jamais, tout en exprimant ce qu’ils ne peuvent garder pour eux. Depuis leurs cadres écrins, ces adresses improbables semblent prendre pied dans la réalité, créant une topographie du sentiment, à l’instar de la Carte de Tendre [1] et ses lieux inventés. Plus de deux cent post-scriptum compilés par l’artiste sont aussi imprimés et glissés aléatoirement dans chaque document de médiation : ces feuillets seront, à la manière de pollens, emportés hors de l’exposition au gré des visiteurs.

 

De grands froissements cyanotypés et une vidéo tournée au centre de tri de Libourne avec des employés postaux explorent les notions d’enveloppement, d’attention et de transfert.

 

Les cyanotypes [2] d’Adrianna Wallis reprennent les proportions des feuilles A4, utilisées partout pour la correspondance, personnelle comme administrative, et la couleur bleue du procédé rappelle immanquablement l’encre des stylos. Agrandies à la taille de l’artiste, ces feuilles sont d’abord enduites de la solution photosensible, puis froissées dans l’enroulement autour de son propre corps, imprimant dans les plis et les ombres les marques de cette empreinte. Une écriture universelle et directe - reposant plus sur le geste que sur le signe - se révèle ensuite au cours du développement.

La vidéo Les réponses nous présente les employés du centre de tri lisant exceptionnellement des lettres à la demande de l’artiste puis improvisant des réponses sur le vif. Dans l’intensité et la spontanéité, on écoute leurs voix assurées ou hésitantes, parfois émues. Une relation s’établit d’emblée entre les absents (auteurs et destinataires), les employés filmés et le visiteur. L’écrit rejoint l’oralité aussi dans ce chassé-croisé de lectures et de réponses imaginaires. Rappelant cette expérience que l’on fait parfois d’entendre en soi-même la voix d’une personne que l’on ne fait que lire.

« À l’origine de l’écriture, m’étais-je dit un matin devant ma page blanche,  il y a une voix qui s’adresse aux autres. Ainsi la lettre était l’UR-genre [3] , et toute la littérature procédait de la correspondance – à laquelle, somme toute, elle aboutit dans l’acte de lecture. Tout texte était une lettre en tant qu’il impliquait une destination. » (Eugène Nicole)

À travers cette abondance de l’écrit - signant contre toute attente sa persistance à l’heure d’une communication numérique immédiate et dépourvue de la singularité de l’écriture manuscrite - Adrianna Wallis poursuit des thèmes qui lui sont propres et qu’elle a développés au fil de ses expositions précédentes : les liens familiaux, la mémoire, l'absence et leur cristallisation dans des objets et des rituels. Ici, c’est dans la relation et la participation que se jouera la lecture de ces lettres. Dans ce décalage orchestré par l’artiste, elles conservent leur statut de courriers tout en devenant un matériau sensible et poétique, essaimant dans les esprits.

 

[1] La Carte de Tendre est une invention du XVIIème siècle : cette carte fictive comportait des lieux tels que le mont Orgueil, un bourg nommé Oubli ou encore un lac d’Indifférence.

[2] Inventé en 1842, le cyanotype est une des plus anciennes techniques de l’histoire de la photographie.

[3] UR-genre : le genre à l’origine de tous les autres. Citation tirée d’Alaska, Editions de l’Olivier, 2007.

 

Adrianna Wallis - vue d'exposition à l'EAP Vénissieux - photo O. Talbot
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